Aime-toi, d’abord

IMG_9329Ce que j’ai pu l’entendre cette phrase, jusqu’à l’écoeurement. Et puis, elle est tellement culpabilisante, ils ne t’aiment pas, ils n’arrivent jamais à t’aimer parce que tu ne t’aimes pas assez. Tu pourras être heureuse en amour quand tu t’aimeras.

Soit ! Admettons. Vivre seule, je sais faire, je le fais de gré ou plus souvent de force depuis  des années au point que je ne me souvienne plus de comment ça fait de vivre à deux. Vous savez quoi ? J’ai eu ma dose de vivre avec moi-même, un peu comme dans ces jeux idiots, avec plusieurs vies, on va jouer au jeu de « j’ai épuisé mes vies de solitude », je veux entrer dans l’autre tableau, celui où on a gagné le droit de vivre à deux et d’y être heureux.

D’ailleurs, je n’ai même plus cette ambition, la vie commune et tout le toutim… Elle est passée de mode dans mon registre des possibles. Je n’en demande pas tant. Juste pouvoir dire « mon amoureux », « mon mec », mon « je-ne-sais-pas-quoi ». Comme dans la chanson, ‘fais-moi une place au fond de ta bulle’. J’ai tout essayé, me fondre dans les désirs de l’autre, me laisser envahir par la personnalité de l’autre au point de ne plus en avoir une à moi, devenir une amoureuse normale, j’y étais arrivée, j’étais normale, je faisais bien attention au « pas trop », au « pas assez », pondérée, juste comme je suis, moi, au fond de moi. Un peu fantasque mais pas trop, un peu parfaite mais pas trop non plus, je laissais traîner une part d’à peu près, d’approximatif. Il m’a même écrit que j’étais une belle personne, ça me fait un bon point de plus. Cochez les cases, cochez, c’est peine perdue !

Si on se résume, ils me trouvent bien foutue, intelligente, gentille, patiente, indépendante, attentive, positive, avec humour et auto-dérision en prime, je fais super bien à bouffer et j’ai plein d’imagination. Et malgré ça, au revoir, merci mais non ! Toujours, non merci.

Connasse, voilà, c’est peut-être cela que cherchent les mecs finalement. Une conne qui les maltraite, qui les houspille, dont ils peuvent se plaindre, qui les a bien en main, qui les tient par le bout du nez. Je devrais faire cette école-là, peut-être que j’aurai une chance de réussir, ce que j’ai lamentablement foiré depuis maintenant plus de 25 ans.

Tu veux quoi dans la vie ? Là, juste-là ? Prendre mon ordinateur, me mettre devant le poêle à bois, avec un plaid, un thé, et me caler juste contre lui pour rédiger mon billet du jour, juste savoir qu’il est là et que je suis là, moi, comme je suis, ni plus, ni moins.

Fin du rêve

Bonjour, docteur

IMG_3101Peut-être que cela pourrait s’appeler « journal d’une dépression », la mienne, j’imagine que chacun la vit à sa manière, il n’y a pas une dépression type, il y a juste un moment où assise dans le lit à pleurer, il n’est pas imaginable de continuer comme cela. Ce n’est pas ma première, alors, je commence un peu à connaitre la bête, à savoir ce qu’il ne faut pas faire : la laisser prendre la main. La précédente, c’était aussi à cause d’un homme, un de ceux pour qui tout va bien, et qui du jour au lendemain, part sans explication et revient 3 ans plus tard en vous déclarant que tout compte fait, il a découvert que vous étiez la femme de sa vie. Dommage, pour moi, l’histoire avait été soldée au prix d’une dépression carabinée.

Cela va s’appeler « journal d’une dépression » et je pense à ceux qui sont de l’autre côté de l’écran, leur sentiment de malaise face à cet épanchement abrupt, trop intime. Et à se demander pourquoi Alberte n’écrit pas juste pour elle, en fermant son ordinateur, après avoir raconté ce qu’elle vit. Parce qu’elle a besoin de l’écrire pour d’autres, pour un algorithme qui enverra sur cette page des gens qui vivent la même chose et qui peut-être auront aussi besoin de se sentir moins seuls. Alberte n’aime pas parler de cela à ses amis parce qu’elle en a assez d’être celle pour qui rien ne se passe comme chez les autres. C’est compliqué de ne pas être dans une vie rangée, évidente, classique. La psy dit que c’est le signe d’être en vie, parfois, j’aimerai être moins vivante et plus « comme les autres ». Il y a tant à dire, il faut que j’admette de les dire, phase après phase.

Assise dans le lit à pleurer, un jour, deux jours, des enfants assez grands pour ne plus leur vendre des « maman est fatiguée, ou maman a la grippe ». Vite, leur dire que le gentil monsieur dont elle parlait beaucoup s’est barré. Mon fils de lâcher un « quel con » sorti du fond du coeur. Deux jours et admettre qu’il faut voir un médecin, lui raconter que cela ne va pas, que ce n’est pas moi cette fille qui pleure sans pouvoir s’arrêter, que je ne peux pas « rester comme cela ». Pleurer devant lui comme les dernières forces mises dans la bataille pour résister aux digues qui craquent. Se faire prescrire des anxiolytiques. Non, docteur, je ne veux pas être abrutie, je ne veux pas passer ma vie à ressembler à un zombie. Je veux recommencer à être moi, à vivre, à penser, à remettre le cerveau en marche mais autrement. J’en ai assez qu’il tourne en boucle, qu’il ne voit que le lit vide, que la solitude de la fille de 45 ans. Donnez-moi des anti-dépresseurs, de ceux qui ouvrent la voie, qui défrichent les idées, les ordonnent autrement, plus joyeusement.

Les premiers jours sont pires, on a envie de se jeter par la fenêtre, l’envie de mourir est décuplée, on rappelle le médecin qui dit que c’est normal, ils enlèvent les inhibitions, toutes, les bonnes comme les mauvaises et quand on a surtout des mauvaises, la phase est la pire. J’y suis en plein dedans, des envies sombres qui prennent le pas sur tout. Tout demande un effort. On se sent capable de quelque chose et l’heure d’après, on veut juste s’enfermer chez soi et hurler sa douleur.

Prenez vos anxiolytiques, je vous l’ai dit… 3 semaines, trois semaines, le temps que les idées noires soient chassées par la chimie du bonheur. 3…, il en reste 2 à passer…

Sortir de la lumière

Comme un insecte qui s’y est brûlé les ailes. Mais ne pas quitter cette existence de mots parce que les maux ne s’apaiseront que dans l’écrit. Alors, s’il vous appartient de choisir de venir me suivre ici, il m’appartient de vous avertir que rien ne sera gai, rien ne sera facile, rien ne vous sera épargné. J’en ai assez d’écrire en pensant à ce que les autres vont en penser, à ce que les autres vont en faire.

Ecrire est une nécessité, à moi de faire désormais en sorte que cela ne soit plus un impératif dicté par l’image que je voudrais donner de moi. Vous ne savez pas qui je suis, ou pour celles et ceux qui le savent, ils ne pourront jamais le préciser, le dire, l’anonymat est mon salut, respectez-en l’augure. Désormais, je suis Alberte.

J’ai débuté un été sous le signe de l’amour, de la passion, du bonheur, on était venu me chercher, on était venu me dire que j’étais belle, désirable, intelligente, on était venu me dire que FB avait été la vitrine de cette passion grandissante, j’y avais donné l’envie de poursuivre, d’aller plus loin, de vivre. Et ce furent trois mois de cette passion, véritable, dans et hors du lit. Une passion qui ne se commande pas, qui se vit, dont on profite, que l’on fait grandir, à tous les instants même si on a peur, même si on sait que l’on a été autrefois meurtrie par les autres, par ceux qui du jour au lendemain, ont coupé court et vite, ont tranché dans le vif. On écoute l’autre faire des projets, parler de ce que l’on fera ensuite, de ce que notre vie sera.

Et puis, la rentrée arrive, avec ses difficultés, ses emplois du temps de dingue, les enfants des uns et des autres à gérer, un boulot prenant et envahissant pour lui et cette sensation que les choses échappent. Les discussions que l’on essaie de susciter et qu’il fuit. Jusqu’à ce que acculé au pied du mur, il dise sa peur de lui, de lui face à moi, de lui, face à des sentiments qui sont là mais peut-être difformes, parce qu’ils ne ressemblent pas à ceux qui existaient avant pour celles qui n’étaient pas disponibles ou qui étaient maltraitantes avec lui. Il reconnait qu’il est perturbant de tomber sur quelqu’un de doux, de gentil, de patient, de compréhensif, que ce n’est pas évident, qu’on ne sait que faire de tant de gentillesse. Et alors, on fuit, on arrête, on coupe les ponts, on arrête tout, on se tait, on ne réagit plus sur les réseaux sociaux, on abandonne. On laisse l’autre en plan.

L’autre qui glisse lentement, qui passe deux jours à ne plus savoir comment poser le pied par terre. On s’envole vers un ailleurs dont on ne sait pas si on reviendra un jour. On va voir un docteur, on s’avoue vaincue, on accepte les anti dépresseurs, on accepte de capituler, d’être un zombie, de ne plus savoir quoi faire, qui être, on hésite à se jeter par la fenêtre parce que on a 45 ans et plus l’impression d’un avenir à saisir. On a 45 ans et on se sent encore plus vilaine qu’avant. On reprend le chemin de la psy mais on n’avance pas. On écoute nous dire que c’est le premier « non pervers », et alors ? Ca change quoi ? Ils partent toujours.

Et on arrête FB, parce qu’un jour, il a dit que « créer une page FB pour parler de ce que tu  penses, c’est un non évènement, tu t’en rends compte ». Il a eu beau s’excuser après, il a insinué que peut-être c’est encombrant une personnalité comme la mienne, c’est encombrant une fille qui réfléchit trop, qui a trop de relations, qui suscite trop de commentaires. Alors, elle revient dans l’anonymat. Elle reprend un pseudonyme. Elle a envie de repartir de zéro, de refaire le chemin, de se reconstruire ici.

Alors, alors, si vous n’aimez pas les gens qui pleurnichent, les gens qui vont mal, les gens qui doutent, les gens qui cherchent une voie, une porte de sortie, ne restez pas. Ici, ce ne sera que cela. Au moins un temps, le temps de la reconstruction. En espérant qu’elle arrive un jour.

Bonjour, je me présente, je m’appelle Alberte, j’ai 45 ans et je suis en dépression.