Sortir de la lumière

Comme un insecte qui s’y est brûlé les ailes. Mais ne pas quitter cette existence de mots parce que les maux ne s’apaiseront que dans l’écrit. Alors, s’il vous appartient de choisir de venir me suivre ici, il m’appartient de vous avertir que rien ne sera gai, rien ne sera facile, rien ne vous sera épargné. J’en ai assez d’écrire en pensant à ce que les autres vont en penser, à ce que les autres vont en faire.

Ecrire est une nécessité, à moi de faire désormais en sorte que cela ne soit plus un impératif dicté par l’image que je voudrais donner de moi. Vous ne savez pas qui je suis, ou pour celles et ceux qui le savent, ils ne pourront jamais le préciser, le dire, l’anonymat est mon salut, respectez-en l’augure. Désormais, je suis Alberte.

J’ai débuté un été sous le signe de l’amour, de la passion, du bonheur, on était venu me chercher, on était venu me dire que j’étais belle, désirable, intelligente, on était venu me dire que FB avait été la vitrine de cette passion grandissante, j’y avais donné l’envie de poursuivre, d’aller plus loin, de vivre. Et ce furent trois mois de cette passion, véritable, dans et hors du lit. Une passion qui ne se commande pas, qui se vit, dont on profite, que l’on fait grandir, à tous les instants même si on a peur, même si on sait que l’on a été autrefois meurtrie par les autres, par ceux qui du jour au lendemain, ont coupé court et vite, ont tranché dans le vif. On écoute l’autre faire des projets, parler de ce que l’on fera ensuite, de ce que notre vie sera.

Et puis, la rentrée arrive, avec ses difficultés, ses emplois du temps de dingue, les enfants des uns et des autres à gérer, un boulot prenant et envahissant pour lui et cette sensation que les choses échappent. Les discussions que l’on essaie de susciter et qu’il fuit. Jusqu’à ce que acculé au pied du mur, il dise sa peur de lui, de lui face à moi, de lui, face à des sentiments qui sont là mais peut-être difformes, parce qu’ils ne ressemblent pas à ceux qui existaient avant pour celles qui n’étaient pas disponibles ou qui étaient maltraitantes avec lui. Il reconnait qu’il est perturbant de tomber sur quelqu’un de doux, de gentil, de patient, de compréhensif, que ce n’est pas évident, qu’on ne sait que faire de tant de gentillesse. Et alors, on fuit, on arrête, on coupe les ponts, on arrête tout, on se tait, on ne réagit plus sur les réseaux sociaux, on abandonne. On laisse l’autre en plan.

L’autre qui glisse lentement, qui passe deux jours à ne plus savoir comment poser le pied par terre. On s’envole vers un ailleurs dont on ne sait pas si on reviendra un jour. On va voir un docteur, on s’avoue vaincue, on accepte les anti dépresseurs, on accepte de capituler, d’être un zombie, de ne plus savoir quoi faire, qui être, on hésite à se jeter par la fenêtre parce que on a 45 ans et plus l’impression d’un avenir à saisir. On a 45 ans et on se sent encore plus vilaine qu’avant. On reprend le chemin de la psy mais on n’avance pas. On écoute nous dire que c’est le premier « non pervers », et alors ? Ca change quoi ? Ils partent toujours.

Et on arrête FB, parce qu’un jour, il a dit que « créer une page FB pour parler de ce que tu  penses, c’est un non évènement, tu t’en rends compte ». Il a eu beau s’excuser après, il a insinué que peut-être c’est encombrant une personnalité comme la mienne, c’est encombrant une fille qui réfléchit trop, qui a trop de relations, qui suscite trop de commentaires. Alors, elle revient dans l’anonymat. Elle reprend un pseudonyme. Elle a envie de repartir de zéro, de refaire le chemin, de se reconstruire ici.

Alors, alors, si vous n’aimez pas les gens qui pleurnichent, les gens qui vont mal, les gens qui doutent, les gens qui cherchent une voie, une porte de sortie, ne restez pas. Ici, ce ne sera que cela. Au moins un temps, le temps de la reconstruction. En espérant qu’elle arrive un jour.

Bonjour, je me présente, je m’appelle Alberte, j’ai 45 ans et je suis en dépression.

16 réflexions au sujet de “Sortir de la lumière”

  1. Ma bien chère Alberte, te perdre aurais créé un vide, un goufre inacceptable alors je te suivrais et je positiverais ta reconstruction, car telle un magnifique Phenix (on dit Madame Phenixette ?) tu vas t’en sortir, prends ton temps et vas y un mini pas après l’autre… Lots of Love comme on dit aux Amériques… Isa

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  2. Bonjour.
    Tous les plaisirs littéraires que tu m’as donné. Comment te dire que « pintade » m’a chaque fois heurté. Avoir de l’auto dérision est une qualité essentielle. Mais l’autodepreciation, c’est presque aussi désagréable que la fausse modestie.
    Soigne-toi bien, entoure-toi de gens compétents et aidant, pour revenir animer la farandole de la vie dans ce monde brutal.
    Merci chère perle de ton attention et au plaisir de te découvrir davantage très vite – même si le temps sera forcément nécessaire 😉
    Olivier Campagnol

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  3. Je n’aime pas ce que je lis, je préfère te savoir heureuse, bien entourée.. Je sais que tu dois être une belle personne qui doit donner sans compter et avec beaucoup de gentillesse.
    Je suis flattée d’avoir été invité à te suivre ici, et vais essayer d’en être digne.
    Malheureusement nous sommes éloignées géographiquement mais saches que si tu le veux, si ton chemin passe par ma région j’aurais plaisir à te recevoir.

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  4. Ce que je lis me fait croire que tu es sur la bonne voie. J’en suis même sûre.
    On sera toujours là pour les petites et grosses pannes qui encombrent ta route.
    Vive Alberte, Clotilde appartient à un monde qui n’existe plus !

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  5. Pour quelqu’un en dépression tu es sacrément vivante! Triste, déboussolée, effrayée. Mais vivante! Te rends-tu compte de la gniaque qu’il faut pour écrire ces lignes? Les sortir de toi? Oser regarder ces mots/maux? Et les donner à lire?
    Ma bien chère Alberte( la seule que j’ai connu était-ce une de ces dames sans âge, enchignonnée, et toujours un sourire timide mais persistant au lèvres, douce, gentille et tournée vers les autres), je te sais sur la bonne voie.
    Je t’embrasse, sur les deux joues!

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  6. Coucou …moi je sens cette force qui est en vous comme elle l a été en moi de nombreuses fois en amour et on se relève toujours laure..il a fui et bien cela s appelle la lâcheté. ..Nous ne sommes pas trop gentilles non c est faux ..il faut être fière de cette douceur et celui qui saura l apprécier a sa juste valeur viendra vous conquérir !!!
    Moi qui me fâche souvent avec les mots j aime tellement lire les vôtres..Si réfléchis..J espère revoir vite ce si joli sourire et vous voir combative …profitant de chaque instant que nous offre la vie
    Je vous embrasse

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  7. Salut Alberte, il ne faut pas t’inquieter pour nous, nous sommes toutes et tous pleurnichard(e)s, sans voie (x), sans porte de sortie sauf qu’on ne se l’avoue pas.
    Alors ton ressenti on le connaît ou on l’a connu.
    On est là!🙋‍♀️

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  8. Oooooh… peut-être pas une dépression, mais une immense tristesse, une perte de soi, de ce « je » qui s’est constitué grâce à un « nous ». Et ce « je » est perdu pour toujours. Mais ton « je » n’est pas seulement celui-ci, et ça va te prendre des mois pour le retrouver, ou plutôt le reconstruire à neuf, enrichi.
    Oui 6 mois difficiles. Écris.
    Crois-moi, je suis passée par là.

    Je t’embrasse

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    1. Je reviens vers toi ce matin : je pense vraiment que tu dois te retirer cette étiquette de dépression. Tu es triste, très triste, déprimée oui, malheureuse, tu vis un terrible chagrin d’amour qui est comme un deuil, la Perte d’une partie de soi(e) qu’on a aimée.
      Je t’embrasse À nouveau.

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  9. Tu sais que je ne manie pas les mots avec autant de facilité que toi, mais la seule chose que je peux te dire c’est que je serai toujours là pour toi 💖💖

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  10. Bon, moi je préfère le format plus intime du blog. En lisant ce 1er billet je comprends mieux certaines phrases (plusieurs) de ton dernier post sur FB qui ne me paraissaient pas « toi ». Et sinon leçon n°1 : arrête de te dénigrer

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  11. Profondément heureux de lire ce blog et d’y être invité, même si Alberte 🙂 n’est pas en capacité de l’être pour le moment. Heureuse, voulais je dire. Je rejoins certains de vos amis. C’est un choc, une tristesse, l’impression que, de manière physique, l’être humain est déchiré en deux dans le sens de la hauteur. Cette impression que la douleur ne cessera pas est un leurre. L’être humain a certes besoin de se projeter, mais ses douleurs ou ses joies sont bien du temps présent. Ils participent à une construction, jamais acquise, toujours à remettre sur le tour, comme le potier, ces douleurs façonnent.
    Ce que vous décrivez ne sont pas les symptômes d’une dépression. Il s’agit plutôt d’une immense colère de s’être laissé prendre, une immense déception, sans doute, (puisque je ne vous connais pas), à la hauteur de vos aspirations : Être dans la cité, dans l’action politique, dans le bien faits aux amis, dans la bienveillance.
    Déçue de voir que vous investissements ne rapportent pas autant que vous le désirez. Nous avons un jour parlé sur FB de la futilité de l’action politique. Nous avons convenus que, sans en être certains, les petites initiatives locales pouvaient encore avoir un sens. Jusqu’à ce que tout explose. Ouais, je reconnais que ce n’est pas un discours à tenir en ce moment avec vous. Donc Stop 🙂
    Pour l’heure, laissez le temps à la consolation. Elle viendra.
    Pierre Valdo

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  12. Ma chère Alberte, ne t’avais-je poiurtant pas dit que pour les pieds il faut le must et éviter Jonak (comme ça tu sais qui je suis).
    Alors pour le cœur c’est tout pareil,.
    Je suis flattée d’avoir été invitée ici, je t’y suivrais avec plaisir et toujours avec la même spontanéité dans nos échanges.
    Je te souhaite un doux long week end vaporeux au gré des mailles. À vite

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